Plongée dans les nuits mythiques de la capitale togolaise ; 1960 – fin des années 1980. Lomé, célèbre pour des lieux comme le Grand Marché, la plage ou le wharf, cache une autre facette : celle de ses nuits festives rythmées par la musique, les rencontres et des sons venus d’Afrique et d’ailleurs. Bars-dancing, discothèques et boîtes de nuit ont façonné une identité nocturne dans laquelle plusieurs générations de Loméens se reconnaissent encore. Dès les années 1930, avec des lieux comme le Tonyiviadjé à Assigamé ou Bar Ambiance à Aguiarkomé, Lomé pose les bases d’une vie nocturne unique. Ces espaces, bien avant les discothèques modernes, étaient de véritables carrefours culturels et festifs. Des lieux comme le Foyer Pie XII rappellent cette époque pionnière où les centres communautaires rythmaient la vie sociale. Ville cosmopolite, Lomé attire dès lors des publics venus des pays voisins, séduits par une diversité musicale rare dans la région. Là où le Nigeria vibrait au juju et à l’afrobeat, et le Ghana au highlife, Lomé mélangeait les genres : soul et R&B américains (Marvin Gaye, James Brown), highlife ghanéen, rumba congolaise, makossa camerounais et afro-cubain (Johnny Pacheco, Celia Cruz). Des structures comme le label Sikavic participent à cette effervescence, en programmant à Lomé des artistes majeurs comme Manu Dibango, Koffi Olomidé, Tshala Muana ou M’bilia Bel. Ce dynamisme mène à l’ouverture des premières discothèques modernes dans les années 1970, dont le célèbre Number One, inauguré le 9 septembre 1972. À l’origine, une discothèque désigne un lieu de vente de disques, tout comme le disquaire, d’abord vendeur, devient peu à peu DJ, animateur de la piste. Lomé voit alors fleurir des discothèques mythiques, chacune avec sa propre ambiance : Copacabana dédié à la rumba, Le Rêve au tango et Eldelweiss, prisé des expatriés, aux sons allemands et européens. La nuit typique commence tôt, avec les thés dansants dès 18h, suivis des bars-dancing jusqu’à 3h du matin, avant de continuer dans les discothèques. À l’aube, les fêtards prolongent leur soirée dans des bars emblématiques comme Oncle Ben, Mikounounou, Chez Vibo, Wait and See, Cacadou ou Milk Bar. La virée se termine par un sandwich au pâté de la boulangerie Souper, célèbre pour ses baguettes chaudes. L’exposition Godopé, Lomé by night recrée cette époque dorée. Pensée comme une immersion dans une boîte de nuit des années 60 à 80, elle s’appuie sur des archives photographiques et une sélection musicale pointue. Une installation appelée boîte infinie plonge le visiteur dans un tunnel de miroirs et de lumières, pour une traversée sensorielle des souvenirs dansants. Plus qu’une exposition, GODOPÉ rend hommage à une mémoire encore vive : celle d’une ville cosmopolite, éclectique, mélomane, Lomé la coquette, aux sonorités multiples et aux disquaires passionnés. Une époque où la nuit ne dormait jamais… mais Lomé dansait.